Kekili Zunu, ayant fui le Togo avec sa famille, arrive dans son nouveau lycée. Très vite elle bouleverse la vie jusque là bien rangée - deux enfants, un mari dentiste, une belle maison avec piscine, une résidence de campagne... - de sa professeur de français. Caroline Menez remarque en effet les aptitudes de la nouvelle élève et propose de lui donner des cours particuliers. Dès lors, à vive allure, une rumeur se propage, de bouche à oreille, de réseaux sociaux en mails, dans le microcosme de l'établissement : la jeune fille et l'enseignante entretiendraient des rapports intimes.
Dans Hoax, Christophe Léon dissèque ce on-dit, de sa naissance à la conclusion tragique qu'il engendre. Le prolifique auteur, dans un style sobre, se permet de jouer avec la trame temporelle pour surprendre son lecteur, pour créer le suspense. Sans jamais se priver de donner son avis sur différents sujets, il tisse un récit habile où les protagonistes ne mesurent pas toujours la portée de leurs actes et de leurs paroles. Souvent dépassés par leurs initiatives, ils ne se rendent pas compte de la portée de leurs propos, savourent même, pour certaines, l'ampleur prise par leurs mots lancés au "vent mauvais".
La rumeur gangrène ainsi le lycée, exacerbe les tensions déjà latentes mais, étrangement, sert de révélateur à Caroline Menez qui, peu à peu, découvre les sentiments profonds qu'elle éprouve pour Kekili Zunu. L'analyse pertinente de ce phénomène permet aux personnages d'échapper à la caricature. Par insouciance ou par jeu, même la jeune Togolaise entretient aussi ce trouble, alimente le feu qui couve au lycée. ()





Hoax, ce mot anglais, signifiant canular, supercherie, connaît une orientation malfaisante, malveillante dans notre univers numérique. Il désigne actuellement, les fausses informations qui fusent sur les réseaux et mettent à mal ceux qui en sont les victimes.

C’est ce qui arrive à Caroline Menez, respectable professeure de français et à Kekili Zunu, une de ses élèves. Kekili, jeune togolaise, fille de réfugié politique, arrive en cours d’année au lycée Olympe de Gouges, lycée classique d’une grande ville aux élèves un peu marginaux, un peu paumés tels qu’on a pu les voir dans certains films ou romans récents. Dans cet univers en demi-teintes, Caroline Menez a des allures de grande bourgeoise. Avec ses vêtements de bonne façon, son mari dentiste, leur maison de campagne, ses deux enfants adolescents, elle a tout de la femme comblée, reconnue pour son savoir et ses compétences professionnelles. Pourtant elle cache « une solitude intérieure ». Des rapports difficiles avec Steph ‘ son fils, un peu distants avec son mari, mauvais avec certains enseignants du lycée. Elle n’est pas si heureuse que cela. Son attachement à Kekili est comme une reconnaissance réciproque entre personnes d’excellence. Aider Kekili, c’est (se) prouver qu’elle remplit sa vocation de passeur de littérature, et qu’elle contribue à la promotion d’une « opprimée ».

Très vite, ce lien perturbe sa vie familiale et quotidienne et la rumeur malveillante qui enfle au lycée révèle aux héroïnes leurs fragilités. Quelques scènes très fortes soutiennent l’action, en particulier l’épisode vécu dans la maison de campagne, havre de paix et marque visible de la distance qui les sépare. La relation forte qui se noue entre Kékili et Steph’, la rivalité hostile qui oppose Kekili à Sandrine, la fille de Caroline, tissent un autre réseau où la « vieille » et la « jeune », ainsi que les nomme le SDF qui les voit avant l’issue fatale, se prennent au piège. Toiles d’araignée superposées où ni l’une ni l’autre n’a sa chance. Poignardée dans le dos comme le montre l'illustration sans équivoque.

Les informations font périodiquement état de l’usage dangereux des réseaux sociaux. A partir de faits plus ou moins réels, Christophe Léon construit une histoire stressante, haletante, à laquelle on adhère. On rentre dans l’histoire par le regard d’une lycéenne qui voit la scène finale dramatique, peut-être est-elle une de celle qui a fait courir la rumeur et le récit est donc construit comme l’élucidation de cette scène. Le dernier chapitre donne à voir la même scène, vécue par Caroline Menez jusqu’au trait final, d’une ironie terrible. La force du roman est liée à la mécanique qui s’engage mais aussi à l’ambiguïté des personnages. La professeure n’est pas vraiment sympathique, extérieurement, elle semble bien rigide. Kekili voit avec plaisir l’intérêt dont elle est l’objet. Est-ce une revanche pour elle ? Revanche sur le sort qui l’a déracinée ? Reconnaissance de ce qu’elle vaut et revanche sur les élèves de sa classe ?

 Un roman troublant parce que s’il est vrai comme le dit le sous-titre que « la rumeur est la parole des lâches », on lit aussi qu’il n’y a pas d’innocence, ni de culpabilité…
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Caroline Menez, quarante ans, est professeur de français. Mariée, deux enfants, elle a une vie somme toute assez commune, rythmée par le ronron du quotidien.
Kekili Zunu est une adolescente qui a fui le Togo avec sa famille, son père étant pourchassé par les autorités. Elle trouve refuge en France.
Caroline devient le professeur de Kekili. Décelant du potentiel chez la jeune fille, elle décide de lui donner des cours particuliers.
Jalousie, ennui? il n'en faut pas plus pour que naisse la rumeur. Caroline serait un prédateur, Kekili, sa proie. Quelle relation y a-t-il vraiment entre les deux? Est-ce que Caroline Menez jouait un double jeu? Jusqu'où la rumeur va-t-elle aller? Quelle sera son impact dans la vie des deux personnages?

Un roman percutant, choc, saisissant. Un sujet assez surprenant et déroutant. Christophe Léon aborde plusieurs sujets épineux: la naissance et l'impact d'une rumeur, la possibilité d'un abus entre un professeur et son élève et, le plus "tabou"(si l'on peut dire cela comme ça), le fait que ce professeur soit une femme.
On entend beaucoup de faits divers du genre, le thème n'est pas "innovant" mais là où l'auteur s'implique, c'est que cette fois, il s'agit d'une figure maternelle, une femme mais surtout une mère de famille peut-elle commettre un tel crime?
L'intelligence est la construction du roman, le fait de parler de rumeur, ce qui laisse l'ensemble du récit dans un certain conditionnel, une atmosphère d'hypothèses. Tout va très vite, comme une traînée de poudre, à l'instar d'une rumeur, tout va vite, fait boule neige, dévaste tout sur son passage avec des doutes persistants et dans l'esprit du lecteur mais aussi dans celui des protagonistes. Cependant, tout est très pudique, rien ne heurte, si ce n'est les sous-entendus. Et puis, le final m'a tout simplement coupée les jambes.
J'aime beaucoup cette collection des éditions Oskar, une maison d'édition engagée et qui ose. Chez eux, on trouve toujours des textes intelligents et forts, qui donnent matière à réflexion. Une fois de plus une lecture que je ne suis pas prête d'oublier. ().




J’ai lu quelques critiques négatives sur ce livre, le plus souvent à cause du thème qui dérange. Suggérer un amour entre un enseignant et son élève n’est déjà pas quelque chose qui plait, alors quand il s’agit d’une enseignante et d’une élève,  ça coince encore plus.

Contrairement à ce que laisse penser la quatrième de couverture, on sait dès le début où la rumeur conduit Caroline Menez, et ça nous glace le sang. Ce qui importe ici c’est le mécanisme : comment, à partir d’une simple rumeur, une professeur de français qui semble mener une vie tout ce qu’il y a de plus normal se retrouve à effectuer un acte aussi fou (oui, c’est écrit dès les premières pages, mais je ne dirai rien ici : j’ai trop apprécié la narration de  ce moment , c’est prenant, extrêmement bien décrit).

En tant qu’enseignante, je craignais une histoire invraisemblable, qui ne tienne pas la route, qui m’ennuie, tout en me disant qu’un livre écrit par Christophe Léon ne pourrait pas me déplaire.

J’ai dévoré ce livre (oui, je dévore beaucoup mes livres en ce moment, c’est bon pour la ligne !). C’est une histoire crédible. La rumeur se construit petit à petit, entremêlant éléments vrais ( Kekili se rend bien chez son enseignante)  et mensonges.

Le moment où la rumeur est lancé est plausible (une histoire de vengeance).

Caroline Menez, perturbée dans sa vie personnelle et professionnelle n’est pas capable de réagir comme il le faudrait, et elle en a conscience. Elle est complètement perdue, on aimerait pouvoir l’aider, la secouer, mais la fin est scellée.

C’est le premier livre que je lis sur le thème principal de la rumeur. Je trouve qu’il est important de montrer qu’une rumeur, lancée pour une raison idiote peut avoir des conséquences très lourdes, sans forcément aller jusqu’à la décision de Caroline Menez. A méditer. ()



Le titre du livre, la couverture, puis le résumé m'ont immédiatement intriguée, et je n'ai donc pas hésité à choisir ce livre sur les rayonnages de la médiathèque, livre que je me suis ensuite empressée de lire.

On découvre un lycée, une prof de français, une nouvelle élève, fraîchement arrivée du Togo d'où elle a dû fuir avec sa famille, son père ayant pris la parole contre le régime. La prof de français a une relation difficile avec ses enfants, des ennemis au sein des profs, des élèves qui ne l'aiment pas. L'élève est brillante, belle, suscite des jalousies.
Il n'en faut pas plus pour allumer un véritable incendie.
L'intrigue est vraiment très prenante, il est difficile de se détacher de ce livre qui vous prend à la gorge. La tension est permanente, bien que ce ne soit pas un roman d'action avec des scènes de combat... Non, ici la tension est purement psychologique, et très efficace. Du début à la fin du roman, on est totalement suspendu, on tourne frénétiquement les pages. Et puis, cette fin... à couper le souffle. Le tout donne une intrigue maîtrisée d'une main de maître, où la tension grandit, grandit... Impossible de ne pas succomber.

La plume sert l'intrigue, en offrant un style fluide, parfaitement maîtrisé lui aussi, aux mots aussi tranchants que des couteaux ( je suis particulièrement fière de cette phrase, je dois le dire. Le mieux, c'est que je n'ai même pas pensé à caser une référence aux couteaux !! ). Encore un point positif en faveur de ce roman.

Les deux personnages principaux sont bien construits, creusés, aboutis, complexes. Leurs réactions semblent logiques, et on s'attache à elles. Cependant, ce que j'ai trouvé dommage, c'est que les personnages secondaires soient bien moins creusés, et donc nettement moins attachants, voire parfois franchement détestables ( comme la fille de Caroline... ). C'est vraiment le seul point négatif du roman, et c'est fort dommage...

Une excellente lecture tout du long, pressante, opprimante, qui aborde des sujets importants avec délicatesse. A ne pas rater ! ()


Caroline Menez, professeur de Français très apprécié du lycée Olympe de Gouges,remarque rapidement les aptitudes de la nouvelle et jolie Kekili Zunu arrivée récemment du Togo avec sa famille. Pour l’aider à préparer son Bac dans les meilleures conditions, elle lui
propose de lui donner des cours particuliers. Kekili accepte et fait la connaissance , dans la très belle maison de Madame Menez, de ses deux enfants Steph et Sandrine.
Bientôt une rumeur se propage, de bouche à oreille, de réseaux sociaux en mails et dans le petit monde de l’établissement ; la jeune fille et l’enseignante entretiendraient des rapports intimes…Un roman subtil qui permet à l’auteur de disséquer le développement de la rumeur, de sa naissance à sa tragique conclusion.
Il analyse finement le comportement des personnages de l’entourage du professeur qui ne mesurent pas toujours la portée de leurs actes et de leurs paroles.
Une histoire triste, sobrement racontée. (Opalivres, 13 avril 2016)


 


La couverture parlant d'elle-même, le sous-titre choc "La rumeur est la parole des lâches" promet un roman dur et émouvant.  Christophe Léon commence son récit par un prologue qui laisse perplexe, le lecteur se demandant où cela va mener et à quoi il sert. Il prends le temps d 'installer ses personnages principaux ainsi que son intrigue. "Hoax" montre qu'une rumeur peut partir d'un chose ridicule et prendre des ampleurs incroyables, pouvant briser des vies. Le comportement de Caroline Menez, suite à la rumeur, devient de plus en plus suspect, frôlant par moment le dérangeant. Par cela, le lecteur se demande si la rumeur est fondé ou non, ce qui rend le roman plus captivant. Le thème du livre fait donc bien évidemment réfléchir, en espérant que le but fixé par l’auteur soit atteint. Quelques petits bémols viennent cependant ponctuer le récit, qui par moment est assez confus. En effet, les retours en arrière qu'effectue Christophe Léon pour mieux comprendre les événements présents ne sont pas vraiment distingués de ces derniers, si bien qu'il faut parfois relire plusieurs fois certains passages pour bien comprendre la situation ()











Chronique dans  la revue Lecture jeune de printemps-été 2016